2020 - Confinée

Episode 1 – l’Ennui

Puisque comme tous je suis confinée, puisque je n’ai rien à faire ou plutôt envie de ne rien faire tant tout me semble dérisoire et sans saveur, puisque mon unique connexion au monde est cet ordinateur sur lequel je tape ces mots pendant que mon téléphone m’hurle des musiques des années 80 teintées de liberté et d’insouciance….alors il est peut-être temps  de se remettre à  écrire.

Mais sur quoi…commençons déjà pour ce premier texte par le mal du moment…l’ennui. C’est quoi l’ennui ? Je suis allée voir le dictionnaire et je ne pensai pas y trouver une définition aussi bien appropriée à la situation : « Impression de vide, de lassitude causée par le désœuvrement, par une occupation monotone ou sans intérêt. » ou encore « sentiment de lassitude coïncidant avec une impression plus ou moins profonde de vide, d’inutilité qui ronge l’âme sans cause précise ou qui est inspiré par des considérations de caractère métaphysique ou moral ».

Cela faisait des jours que nous étions confinés, 24 jours exactement, en recomptant j’y croyais à peine. Ça devenait vraiment long. Au départ, j’avais trouvé ça presque chouette, la possibilité de ralentir, d’arrêter de bouger d’un déplacement à l’autre, enfin offerte sur un plateau d’argent sans avoir à donner aucune explication à personne. Sauf qu’au début rien a ralenti, il fallait gérer l’urgence, la contingence, s’organiser, gérer les angoisses, les siennes et celles des autres et le temps infini à suivre l’actu, les réseaux sociaux, répondre au gens, prendre de leurs nouvelles, plus que jamais… Puis progressivement, un autre rythme s’est mis en place, pas désagréable, encore beaucoup de travail mais on le fait plus calmement on sent moins l’urgence, finir lundi ou jeudi n’a plus aucune espèce d’importance, les jours se ressemblent tous, le temps s’étire. On reprend soin de son chez soi, du jardin et du potager abandonné surtout, on refait la cuisine, s’enchaînent gratins, tartes, panures, rouleaux de printemps, mousse au chocolat, crumbles … On se promet qu’on va reprendre les MOOC laissés de côté, découvrir des musées virtuels, lire tel rapport, faire du sport tous les jours (ben tient !), se mettre à peindre (mais bien sûr !). Mais on ne le fait pas…et pire on culpabilise de ne pas le faire…ce n’est pas le temps qui manque.

Non, je vous présente l’ennui, c’est bien lui, il est arrivé. Progressivement, sans prévenir, petit bout par petit bout il a commencé à prendre plus de place, lui aussi c’est un virus, il investit toutes les pièces de la maison et même l’extérieur qui en devient maussade… les nuages sont-ils vraiment gris ou c’est mon esprit qui finit par leur donner cette couleur ? Alors on la sent bien là cette lassitude, ce vide, ce désœuvrement. Vous vous souvenez de vos lectures anciennes, Madame Bovary, ou Les fleurs du Mal on y était en plein dans l’ennui. Sauf qu’à l’époque l’ennui et l’oisiveté sont marques de l’appartenance à la bonne société, alors que dans l’actualité on nous a enseigné à s’épanouir, devenir quelqu’un, donc à faire ; incompatible avec l’oisiveté.

D’ailleurs, personnellement j’avais toujours pensais que l’on s’ennuyait uniquement lorsque l’on n’avait rien à faire.

«  Ennui ː rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. »

Hors des choses à faire, que ça soit professionnelle ou de loisir, et avec notre incroyable monde technologique, il y en a, mais voilà elles n’ont plus de goût, c’est bien ça, quelle que soit l’activité à réaliser elle n’a plus de saveur. La même chose qui nous aurait excité ou nous aurait fait rire ou même nous aurait stressé quelques semaines plutôt, nous laisse simplement vide. D’autant plus que cet ennui-là est spécial, il a bougé notre ligne d’horizon, il l’a évincé, hop disparue, impossibilité de prévoir une date de fin, de sortie, fin de toute certitude. Et le vide s’en fait d’autant plus grand que nous n’avons plus aucun élément pour juger de l’utilité de l’éventuelle activité, de son intérêt ou au contraire de sa naïveté, de sa futilité quand la vie reprendra son cours. Et nous laisse donc dans une forme d’inertie, qui nous renvoie à une totale équanimité (allé une activité allez chercher dans le dictionnaire ;-) et donc à un ennui plus grand encore.

Je suis retourné en 1751, jeter un œil du côté de Diderot et d’Alembert et j’ai trouvé : « espèce de déplaisir qu’on ne saurait définir : ce n’est ni chagrin, ni tristesse ; c’est une privation de tout plaisir, causée par je ne sais quoi dans nos organes ou dans les objets du dehors, qui au lieu d’occuper notre âme, produit un mal-aise ou dégoût, auquel on ne peut s’accoutumer.»

Mais là, pour la première fois, on ne parle plus d’individu qui s’ennui, on parle de tout un monde ou presque, de toute une société. Et cet ennui n’est ni lié à un manque d’activité ou à des activités sans intérêt, ni même à un manque de communication (les réseaux sociaux sont plus que jamais actif), il est lié à un enfermement et à un manque d’interaction sociale réelles, car à force d’être penché sur nos téléphones ont avait presque oublié qu’on les aimé en chair et en os les gens. Que oui c’était bien de pouvoir parler à son ami à toute heure par Whattapp, mais que quand même c’était beaucoup plus sympa de pouvoir aller prendre un bon capuccino à une terrasse de café avec lui et de regarder défiler l’humanité tout en critiquant et râlant un peu.

Et de finir de nouveau par Diderot : « L’ennui est le plus dangereux ennemi de notre être, & le tombeau des passions ; la douleur a quelque chose de moins accablant, parce que dans les intervalles elle ramène le bonheur & l’espérance d’un meilleur état : en un mot l’ennui est un mal si singulier, si cruel, que l’homme entreprend souvent les travaux les plus pénibles, afin de s’épargner la peine d’en être tourmenté. »

Alors en m’ennuyant j’attends de voir quels sont les nouveaux et plus incroyables travaux que  cette société qui s’ennuie va créer pour se sortir de cet état….

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Une réponse à “Episode 1 – l’Ennui”

  1. Le 18 avril 2020 à 14:04 nanievoyage a répondu avec... #

    Bonjour, je vous trouve bien triste !
    Vous parlez de jardinage, cuisine , lecture et bien d’autres choses , vous n’êtes donc pas inactive .;;
    Le jardin est source de vrai bonheur surtout en ce moment , il y a tant à faire…
    la cuisine il faut juste sortir de la routine , tenter des recettes qu’on est sûr de rater, et qu’on sera tellement heureuse de réussir , avec un peu de persévérance (on pourra les servir aux amis plus tard..;
    Internet offre de la lecture à l’infini …
    Bien sûr famille et amis nous manquent mais nous n’avons jamais été aussi prés de la sortie de crise …le pire serait de perdre un être cher …..
    J’ai beaucoup voyagé et je compte bien reprendre l’avion , le bateau ou le train dés la dés que ce fichu virus nous laissera tranquille , je ne rêve que de ça ….
    Le rêve encore une autre activité qui nous fait trouver la réalité supportable …..
    Reprenez courage et patience , aprés la pluie il y a toujours le soleil ….

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